La question déterminante qui se posait au congrès était claire : comment l'Afrique peut-elle transformer son vaste patrimoine forestier en une production durable, en actifs investissables et en prospérité à long terme sans compromettre l'intégrité écologique ou la justice sociale ? À Nairobi, les contours de cette réponse ont commencé à se dessiner.
Kenya : gouvernance, production et intégration commerciale
La séance plénière du matin s'est ouverte par un récapitulatif structuré des engagements pris lors du premier jour, avant de passer à la mise en œuvre nationale.
Leadership politique : responsabilité climatique et résilience économique
La Dre Deborah Mlongo Barasa, Secrétaire d'État à l'Environnement, au Changement climatique et aux Forêts de la République du Kenya, a renforcé les fondements politiques nécessaires à la mise à l'échelle dans le premier discours liminaire de la journée.
« Le Kenya s'est fixé des objectifs ambitieux dans le cadre du programme national de plantation de 15 milliards d'arbres, aligné sur les engagements mondiaux, régionaux et nationaux en matière de durabilité environnementale », a déclaré la Dre Barasa.
Elle a réaffirmé le soutien du Kenya à l'Initiative Zámba Heritage, soulignant que le pays a mis en œuvre des mesures visant à accroître la couverture forestière et arborée, efforts que l'initiative pourrait contribuer à accélérer.
République du Congo : une gestion structurée à grande échelle
La Dre Rosalie Matondo, Ministre de l'Économie forestière de la République du Congo, a partagé ses réflexions dans le deuxième discours liminaire, s'appuyant sur la Conférence internationale sur le boisement et le reboisement de 2024 à Brazzaville.
Le Congo gère 23,5 millions d'hectares de forêt, soit environ 69 % de son territoire national, dont plus de 3,5 millions d'hectares sont certifiés selon les normes FSC et où la déforestation est maintenue en dessous de 1 %. « Gérer nos forêts de manière durable n'est pas une option. C'est une responsabilité que nous avons envers notre population, notre biodiversité et notre planète. »
Son intervention a mis en évidence la manière dont la certification, les systèmes de légalité et la transformation industrielle nationale peuvent se renforcer mutuellement. Le modèle de gestion par concession du Congo démontre que l'utilisation durable et la compétitivité économique ne sont pas contradictoires, mais complémentaires. Dans ce contexte, la durabilité est une stratégie.
Table ronde ministérielle : de l'engagement à l'action
À la suite du discours liminaire du Ministre Matondo, une table ronde ministérielle a exploré les besoins et les opportunités clés pour libérer le potentiel de l'Afrique. Ce panel de haut niveau a réuni des Ministres, des Ambassadeurs et des Dirigeants institutionnels, notamment:
- Dr Douty Chichamba, Secrétaire Permanent, Ministère de l'Économie verte et de l'Environnement, Zambie
- S.E. Ambassadrice Dre Aurélie Flore Koumba Pambo, Cofacilitatrice, Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo (PFBC) et Ambassadrice Itinérante, Gabon
- Dre Rosalie Matondo, Ministre de l'Économie forestière, République du Congo
- Dre Deborah Mlongo Barasa, Secrétaire d'État à l'Environnement, au Changement climatique et aux Forêts, Kenya
- Dr Emmanuel Tsadok, Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo et Représentant du Ministre de l'Environnement et du Développement durable de la RDC
- Dre Subhra Bhattacharjee, Directrice Générale, Forest Stewardship Council (FSC)
La discussion a porté sur la manière dont les pays africains peuvent passer des engagements de haut niveau à la mise en œuvre concrète du Plan d'action pour le patrimoine de Zámba, un programme décennal visant à développer la gestion durable des forêts, la restauration, la fabrication, l'emploi et les chaînes de valeur vertes.
Financer la transition : de la contrainte à l'innovation
Dans le troisième discours liminaire sur le financement forestier, Peter Gondo, Ancien Fonctionnaire du Secrétariat du Forum des Nations Unies sur les Forêts (FNUF), a présenté une évaluation franche de la situation du continent.
L'Initiative pour la Restauration des Paysages Forestiers Africains (AFR100), qui vise à restaurer 100 millions d'hectares, nécessite un financement estimé entre 75 et 100 milliards de dollars américains. Cependant, le financement des donateurs reste instable et le financement public national est limité par le poids de la dette.
« Nos chances d'augmenter le financement public national sont limitées », a-t-il fait remarquer. « Le financement des donateurs repose sur la bonne volonté politique ; il n'est pas stable. »
Les canaux traditionnels étant sous pression, M. Gondo a souligné la nécessité d'impliquer les institutions financières dans la conception de produits sur mesure pour la restauration, le développement des plantations et l'agroforesterie. Il a insisté sur le fait que la sécurité foncière et la permanence de l'utilisation des terres forestières ne sont pas négociables.
Au-delà de l'activation des actifs : une vision pour un changement transformateur
Le discours liminaire du Dr Yemi Katerere a approfondi la discussion, présentant la gestion durable des forêts comme une transformation systémique plutôt que comme un simple poste budgétaire.
« L'Afrique a besoin d'une vision pour elle-même. Sinon, nous deviendrons partie intégrante de la vision de quelqu'un d'autre », a-t-il averti. Il a exhorté le Congrès à ne pas réduire les forêts à de simples crédits carbone, appelant plutôt à une réforme intégrée dans les domaines de l'agriculture, de l'exploitation minière, des finances et de la gouvernance.
Engagement du secteur privé : les forêts comme infrastructure investissable
Les leaders du secteur privé, notamment Karen Kirkman (Criterion Africa Partners), Thabo Moloi (Industrial Development Corporation of South Africa) et Dorothy Suleh (New Forests), ont renforcé cette logique d'investissement émergente. Ils ont positionné les forêts comme des actifs productifs à long terme dans des portefeuilles alignés sur les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).
Les panélistes ont noté que, bien que les opportunités soient vastes, l'Afrique doit promouvoir la certification forestière, renforcer la traçabilité et améliorer la surveillance numérique. En outre, ils ont souligné la nécessité de renforcer la transformation locale afin de multiplier la valeur au sein du continent.
Alignement mondial et régional : convergence des portefeuilles
Les sessions phares de l'après-midi ont mis en évidence une large convergence institutionnelle, notamment entre le PNUE, le WWF, le Forum Forestier Africain (AFF), la FAO, The Nature Conservancy et EarthLungs. L'Initiative Zámba Heritage évolue vers une plateforme de coordination reliant le leadership politique, l'expertise technique et l'innovation financière.
Les principaux représentants ont démontré comment des thèmes récurrents – restauration à l'échelle du paysage, droits des communautés et préparation au marché du carbone – s'alignent dans un cadre commun. Dans cette optique, l'initiative Zámba Heritage évolue vers une plateforme de coordination reliant le leadership politique, l'expertise technique et l'innovation financière.
Réflexions finales : du congrès à la coordination
La deuxième journée s'est terminée par une table ronde finale sur l'investissement animée par Peter Gondo, avec la participation du professeur Labode Popoola et du Dr Tefera Belay Endalamaw de l'AFF.
Leur message était clair : les forêts africaines peuvent attirer des capitaux importants, mais seulement si la gouvernance, les normes de certification et la politique commerciale progressent à l'unisson.
À la fin de la journée, l'architecture était visible.
La deuxième journée n'a pas simplement prolongé la conversation, elle a également déplacé l'attention vers les mécanismes pratiques du financement forestier. La voie est tracée : transformer les forêts en actifs investissables grâce à la certification, à la surveillance numérique et à la transformation industrielle locale.
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Prochaine étape : troisième journée
Vidéos de la deuxième journée
Vidéo récapitulative de la deuxième journée. Cette vidéo présente les moments forts de la deuxième journée.
Cette vidéo présente l'intégralité des débats de la deuxième journée.